Une anthologie bilingue entre Utendi, Nyandu, et Honko

MAB Elhad à Malabo

 

«La meilleure anthologie est celle que l’on fait pour soi-même».Paul Eluard

Les Éditions Cœlacanthe viennent de publier une anthologie portant sur la poésie comorienne d’expression orale, de la période allant du XVIe au XXe siècle. Un chef d’œuvre signé par l’anthropologue Damir Ben Ali fondateur du CNDRS, et l’Ex ministre Mme Moinaécha Cheikh, enseignante chercheur associée au CNDRS.
Publié en février 2015, cette anthologie est composée de 41 poèmes, réunissant un choix de 22 poètes, dont 09 femmes et 13 hommes, sur 175 pages au format 24×16. Un travail de recherche scientifiquement mené, qui permet de situer le contexte historique de chaque poème par rapport à l’inspiration ayant motivé chaque poète sélectionné d’une part, mais aussi l’environnement socioculturel de chaque siècle étudié.
Limité aux auteurs des régions rurales de la grande Comores, pour différentes raisons, ce florilège de la poésie orale comorienne a le privilège de permettre aux lecteurs de découvrir cette ‘’littérature qui véhicule les valeurs authentiques de la nation comorienne….avec cette conviction profonde que ce patrimoine national devait être préservé et servir aux générations futures, en quête d’identité, et pour enrichir la mémoire collective’’.

Mbayé trambwe hamba ukaya !

La Bibliothèque MAB Elhad vient d’acquérir sur ses rayons, l’Anthologie de la poésie orale des Comores (du XVIe aux XXe siècles). Ce qui en soit constitue à ce jour dans notre pays, le plus grand évènement littéraire de l’année 2015. C’est comme cela qu’à partir de ce recueil, les deux auteurs, nous invitent à remonter le temps dans un voyage au travers duquel ils se sont souciés si heureusement à sauver de l’oubli tant d’œuvres introuvables et qui pourtant ont marqué le patrimoine littéraire comorien.
En effet il ne se passe pas une cérémonie, socioculturelle, sans que l’on entende l’oratoire prononcer le mot fétiche ‘’ Mbaye Trambwe a dit que !…. ’’ du fait que bon nombres d’expressions orales sont attribués à cet illustre Prince des poètes, quand bien même l’expression revient à quelqu’un d’autre. C’est l’une des qualités de ce chef d’œuvre qui s’est assigné la noble mission d’éclaircir le lecteur sur les propos rapportés par les uns et les auteurs selon leurs époques. Cette anthologie couvre cinq siècles de poésie comorienne illustrant la vie littéraire à travers la mondanité et ses péripéties politiques, marquée par cette créativité poétique, s’étendant du XVIe aux XX e siècles.
Loin de paraitre hétéroclite, ce florilège a su aborder tous les aspects de cette oralité. Que ce soit pour le caractère épique de son contenu, ou pour les portraits au vitriol propre au tempérament insulaire dans un contexte suscitant des rancœurs et le sentiment de révolte de tout un peuple animé de la volonté de protéger son environnement face aux influences extérieurs et ‘’ se préserver contre toute dominance idéologique ou de politique extérieur ceci malgré les différentes vagues migratoires issues des races, des langues et de différentes religions.

Contre l’esprit colonialiste qui traduisait le mépris

L’événement est d’autant plus significatif qu’aucune anthologie de ce genre n’avait été consacrée jusqu’à nos jours à aucune des îles composant l’Union des Comores. En effet pour mieux comprendre les péripéties de l’histoire à travers ses âges, et bien connaître la vie de ces différentes époques , la lecture de ce travail poétique s’avère indispensable, même si on peut qualifier de subjectif le choix réalisé quant à la sélection des textes chose fréquente à l’élaboration d’une anthologie. En outre les auteurs ont pris le soin de rapporter la version des poèmes en langue vernaculaire de cette époque, mais à laquelle on ne récent pas de différence par rapport au véhiculaire. Il faut rappeler ici, que cette parution a eu le mérite d’être précédée d’un avant propos remarquable et explicite, sur les origines multiculturelles ; la méthodologie du recueil, ses procédures, il n’a pas non plus manqué de justifier la subjectivité justement lié au choix effectué sur la collecte, ainsi que l’organisation des structures et la conservation de leurs valeurs identitaires contre l’esprit colonialiste qui ‘’ traduisait le mépris à l’égard de leurs croyances, de leurs traditions culturelles et de leurs mode de vie’’. S’ensuivra une introduction exceptionnelle et instructive par rapport aux différentes techniques de la poésie déclamée(Nyandu), le (Utendi ou honko) selon le poème ; la formation du poète ; et les genres connus, hérité de notre passé commune. Dès l première phrase, l’introduction aborde l’historique de l’écriture et de l’enseignement aux Comores, pays d’oralité. Ce qui ne lui a pas empêché de conserver à travers le temps et l’espace des générations durant, son patrimoine culturel le plus authentique.
Ce livre vient à point nommé, pour nous permettre de découvrir un pan poétique si riche, et qui est en grande partie inexploré que par des bribes le plus souvent utilisé avec talent dans des verbiages circonstanciels, ou pour illustrer des discours au cours de palabres. Or quand on approfondi la lecture, on découvre que la poésie orale comorienne, a eu le mérite de tenir tête à la main mise colonialiste, et de faire face à l’arbitraire en s’engageant parfois même dans une revendication du respect de son éthique.
Des slameurs d’un autre temps.
Les auteurs de cette anthologie ont procédé à l’analyse sur les sources d’inspiration, le travail de la mémoire dans la littérature orale et les influences liés à l’environnement du poète. Quant à l’aspect scientifique de cette anthologie, elle réside dans la recherche faite sur les différents formes d’expression poétique ; des techniques de la poésie, mais aussi des significations et des circonstances justifiant le contexte de la créativité. Pour Mr Dami Ben Ali et Moinaécha Cheikh, le terme « Nyandu évoque le rythme qui est un élément fondamental de la poésie comorienne » même si ajoutent-t-ils « toute texte structuré pour produire du rythme n’est pas pour autant classé dans la catégorie du Nyandu, ni du utendi ».
En cherchant à comprendre la poésie comorienne d’expression orale, on est surprit de constater les similitudes que l’on peut retrouver entre le ‘’Nyandu (poème déclamé) qui remonte au XVIe et le slam forme poétique très récente
Morceau choisi
En effet l’anthologie nous révèle cette prestation à la fois poétique et artistique, que l’on retrouve dans le slam.
MAB Elhad

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