Kaulu Mshindji de Zalfata Mouhalide Combo

Entre questionnement et rancœur

 Les éditions Komedit viennent de publier le recueil de poésie  Kaulu Mshindji  ou humblement ‘’la parole fondamentale’’, qui nous est parvenu à la Bibliothèque  de  poésie ‘’MAB Elhad’’ sise rue du Kambodje à Hadoudja Moroni. Un recueil paru en juillet 2014, d’une soixantaine de pages pour 34 poèmes porté par le souffle du questionnement. L’œuvre est écrit entièrement en comorien par Zalfata Mouhalide Combo. Originaire de la ville de Chouani dans le Hambou, à la Grande Comores.

 Zalfata réside à l’Île de La Réunion où elle a obtenue  un diplôme universitaire ‘’Master II’’ en linguistique, avant de devenir porte parole au Tribunal de Grande instance de St-Dénis.

 Passionnée par la littérature comorienne, nôtre poétesse ne manque pas l’occasion quand elle se présente d’être l’ambassadrice de la culture comorienne à travers les animations qu’elle assure en faveur de la poésie, des contes, légendes et des traditions comoriennes.

 

‘’Kaulu Mshindji’’  est le deuxième recueil écrit par une comorienne, après ‘’La boussole sans aiguille’’ de Kokomoina Bacar Tabibou, originaire elle aussi du Hambou, plus précisément à Mbambani. Par contre Kaulu mshindji a eu le mérite d’être écrit totalement en comorien, un choix que l’auteur a assumé tout en sachant qu’elle vit sur une île française (Réunion)au quelle  le lectorat est limité en nombre, mais aussi dans un registre littéraire très limité  ‘’la langue comorienne ‘’ dont la création est à sa phase de balbutiement, grâce aux efforts consentis par des hommes à l’instar de Chamanga, qui ne ménage aucun effort en faveur de la promotion de cette langue, que Zalfata trouve si belle pour motiver son choix d’écriture. Certes des écrits en langue comorienne existent, je n’en disconviens pas, puisque déjà dans Kaulu la mwando de MAB Elhad toujours aux éditions Komedit, on retrouve quelques poèmes en langue comorienne. Mais aucun recueil à ce jour entièrement écrit en comorien ne nous est pas encore parvenu du moins sur la scène poétique comorienne.

La publication d’un tel recueil vient à point nommé, au moment où nous sommes entrain de réfléchir à l’organisation du 2ème Festival International de Poésie Comorienne qui se tiendra cette année, grâce à la complicité de Fatima Oussein et  le dévouement  de son mari Denis Balthazar.

                         Komori yahatru

Rizalwa wane pvadzima

Rilelwa harumwa mahaba ya usawa

Haina mdzima hakana zetwabiya zahe

Mana hariumbu sha kadjarifanisa

 

Emakati emnaswara yadhihiri

Taâbu zindji zidjivuriza ha kusudi

Rik fitina liritsambaza

Euono mwananya ngukauso shehitswa

E rifanye dje si wanahanyu

Ebahari yarizingiza irendeha mauti

 

Owalo housoni mwatru kwatsura ndrazi

Watsatsaya hodingoni mwa eyezi

Wanantsi ngwafao ha madjana

Kapvatsi ulona hamu hama djana

 

Kwasa kwasa irendeha djahazi ya nafasi

Ulo mwade ngewahandani hobukuni

Zelapitali zirendeha masanduku

Ematwabibu ngwatsahawo faida nafusia

 

Zehazi zikalantsiza owalona makotri

Owalona zeîlmu ngwao mondziani

Sabu zemali nezenvuwu zah’owarizaya

Mnezi-Mgu naridjaïlie riwalipve wontsi piya

 

Haini saya rahundra efurswa rauzisa ezidjiriu

Le djawabu lah’emadhwamana dzima

Maore neredjeyi.

 

Hari mdru udjuwa huzaya mwana hafu

Sha mdru kafu yamdunga

Basi namrire ndrazi

Rilemewa dingohi.

            In Kaulu Mshindji

    de Zalfata Mouhalide Combo

Kaulu Mshindji  présente dans sa première page de couverture,  un oiseau qui ressemble à s’y méprendre au Héron Cendré, un oiseau aquatique de l’Océan indien. Au dire de Son Excellence   l’Ex-Ministre Sultan Chouzour : Il est généralement admis que les Comores, tirent leur nom de l’expression arabe signifiant ‘’Îles de la lune’’. Mais selon d’autres sources, le nom de l’archipel viendrait d’un mot de la même origine linguistique,’’Qumr’’ qui désigne la tourterelle chère aux poètes mystiques baghdâdis, au temps des splendeurs de l’Iraq du Khalif Harun el Rashid’’.

Le rapport entre la poésie comorienne et l’aspect iconographique dans son interprétation aviaire, ne se limite pas là. Mais contrairement à l’île de La Réunion où on retrouve beaucoup plus l’oiseau ‘’Paille-en-queue’’ dans la représentation poétique, oiseau qui par ailleurs porte le titre du recueil, du poète comorien Mohamed Anssoufouddine. Est-ce l’esprit du voyage ou celui de la liberté qui a motivé la représentation  de cet oiseau ? la réponse est dans le poème ‘’Mahadisi ya nuni’’ / divagation d’un oiseau.

 Par contre, aux Comores c’est plutôt les oiseaux comme Nkoho ou ikoho nom vernaculaire, mais connu sous le nom scientifique de streptopelia capicola qui est une tourterelle originaire du cap ; ou bien  à Anjouan l’oiseau ‘’Ninga’’ soit Alectroenas sganzini Founingo des Comores qui est un Pigeon bleu des Comores (espèce endémique des Comores) qui symbolise la beauté aviaire comorien. Ne dit –on pas par ailleurs que c’est l’oiseau Nkoho ou Ikoho qui a donné fait l’anagramme du nom de la poésie comorienne que l’on dénomme humblement ‘’Honko’’ pendant que le terme ‘’Shayinri’’ est destinée à la poésie religieuse ? Nous laisserons à notre poétesse de nous informer sur le choix de cet oiseau si elle estime nécessaire d’enrichir la réflexion.

 Passage au vitriol

 Une première lecture en diagonale nous a permis de pressentir les soucis qui préoccupent notre poétesse. Il s’agit du devenir de son pays d’origine qui, si Zalfata M.C, reconnait en lui un dédain de changement, ne l’empêche tout de même pas d’éprouver un sentiment de rancœur contre ceux qui nuisent à la beauté de ces îles de la lune où elle est née. Ceux sont ceux la même qui, sans état d’âme non seulement portent atteinte à l’environnement d’une part, mais contribuent à nourrir d’oisiveté une partie de cette jeunesse, délaissé, abandonné à lui-même et poussée vers la délinquance et les maladies épidémiques. L’éducation qui fout le camp, malgré les efforts consentis de part et d’autres. Des adolescentes mariées au ‘’nom de l’honneur familial’’ dès la première menstruation; des maux qui nuisent à l’identité comorienne (délinquance sexuelle, inceste, infanticide) dans le poème ‘’Mikontsi miyi’’; bref tout un procès à l’endroit d’une société gangrenée par des comportements à la limité de la dignité humaine. Notre poétesse dénonce cette conscience martyrisée par ceux la même sensé protéger les us et coutumes, et qui sur les places publiques  s’enorgueillies, fière  d’être  des parvenus  au sommet de leurs ambitions.

Et c’est comme cela que dès le premier poème ‘’Kinyume’’ la poète relève les contradictions  auxquelles elle est confronté dans la vie de tous les jours, pendant que dans ‘’maesha yabadiliha’’ elle fait le constat des changements des mentalités, l’état d’esprit du chacun pour soi, causant la perte du sens de l’humain au profit du matérialisme et de la fainéantise.

Si notre coup de cœur se porte sur le poème ‘’Ntsi nazaliwa’’, humblement :      le pays où je suis né ; notre choix va à l’endroit de ‘’Komori ya hatru ‘’ que nous vous présenterons en morceau choisi ci-dessus. Cependant des poèmes comme ‘’Larinyo, ou ‘’ Hunihadaya bo fulani’’ et  ‘’Mahadisi ya nuni’’ posent le problématique de l’éloignement et les déboires du voyage, de la hantise de la liberté.

©MAB Elhad

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